Partir dans deux jours, forcément j’ai pas envie. Dans ces moments là, normal ou pas, je deviens nostalgique. Prévu d’aller faire du “shopping” avec les filles. Dia annule, mais Badd et Ina prévoient de s’y retrouver. Je les suis direction METROPOLIS. Un centre commercial comme jamais je n’en avais vu, une ville, immense. En arrivant, à l’autre bout de la ligne verte du métro, il neige. Le sol est toujours gris, les nuages imperméables.
Toutes les marques sont là. Peut-être pas les plus luxueuses, mais les plus populaires en tous cas. Plusieurs supermarchés, des restaurants partout, 3 Starbucks, un complexe bowling/restaurant/billard/jeux vidéos/cinéma… L’équivalent des Halles à Paris mais en un peu plus grand encore.
Au bout d’un certain temps, je m’assois. Les filles entrent dans une boutique. Je peux voir les gens circuler, trois étages plus bas en me penchant légèrement au-dessus de la barrière. Voilà peut-être à quoi ressemble Moscou finalement, une immense ville qui, comme certains le désirent chez nous, répondrait aux trois valeurs Famille, Travail, Patrie… en y repensant, c’est exactement cela. Tout est tourné vers la consommation, le taux de chômage est faible, la solidarité patriotique semble bien exister, les familles se déplacent en groupe, unies comme lors de la journée de l’Union National (4 novembre)… Efficacité la plus totale. Mais l’image est triste, trop bien organisée, trop droite. En trois semaines, je n’ai pas une seule fois été surpris par une quelconque fantaisie, et c’est seulement en parcourant les galeries des musées que j’ai pu l’espace d’un instant découvrir un semblant de création.
C’est une atmosphère particulière. Le passé est très présent, dans les murs, sur les visages. Efficacité des petites mains, cohésion du peuple, fierté nationale… METROPOLIS, cet immense complexe commercial, porte symboliquement tellement bien son nom que personne ne semble le remarquer. Des mafieux arrêtés ou assassinés, 2 pendant mon voyage, des dirigeants que l’on connait, les hautes sphères semblent quant à elle bien éloignées de la réalité du citoyen. Si l’on n’est pas dans le Métropolis de Lang, il est très facile de dessiner les contours d’un nouveau monde pas moins avilissant.
Nous sortons du complexe, la neige s’est calmée, mais le sol est blanc, surpris par l’hiver. Je n’avais pas ressenti cette sensation depuis longtemps, cette petite joie qui m’envahissait lorsqu’un matin d’hiver, en partant à l’école, le sol était passé du noir au blanc… Ici, la nuit est tombée et la petite joie a un goût amer. Je pars bientôt. Nostalgique je disais. Je n’ai pu m’empêcher d’acheter un paquet de bonbons PEZ et son fameux chargeur…